Depuis le mois d'août dernier, de nombreuses actions voient le jour pour commémorer le centenaire de la Grande Guerre. De près ou de loin, aucune famille n'a été épargnée, et aujourd'hui nombreux sont les généalogistes comme moi à se pencher sur ce sujet.

En ce qui nous concerne, aucun aïeul direct n'a été victime du conflit. C'est en s'intéressant aux collatéraux que j'ai croisé le destin de deux soldats "Morts pour la France". Le premier que j'ai retrouvé est Jean-Marie MELIN, mort sur le front oriental en Grèce, le 22 août 1917. Natif de Toutenant, il s'agit du frère de mon arrière-grand-mère Marie MELIN. J'aurai l'occasion de revenir sur lui ultérieurement.

Le second, Paul Emile GODIN, a connu une courte guerre, mais aussi un court mariage... Cousin germain de mon arrière-grand-père Gabriel CHEVREY, il est le dernier né d'une fratrie de trois garçons, issus du mariage de Claude GODIN et Justine CHEVREY. Le 18 juillet 1914, deux semaines avant la mobilisation générale, il se marie avec Marie Augustine VEYRON, à Nice. 

Je vous invite ici à suivre son parcours que j'ai pu reconstituer grâce à différentes sources.

La mobilisation générale

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Affiche de l'ordre de mobilisation générale (Archives départementales de Seine-et-Marne, 58 Fi 14).

Le premier août 1914, la mobilisation générale est ordonnée dans l'ensemble des communes de France. Dans le canton de Verdun-sur-le-Doubs, la gendarmerie se rend dans les villages pour afficher l'ordre de mobilisation à chacune des mairies. L'ensemble des classes mobilisables sont appelées à rejoindre leurs garnisons. Les hommes du canton de Verdun prennent donc la direction d'Auxonne (Côte d'Or).

Né à Montceau-les-Mines où ses parents sont encore domiciliés en 1914, Paul Emile GODIN rejoint lui la caserne Carnot à Chalon, là où il a accompli son service militaire au 56e Régiment d'Infanterie entre le 6 octobre 1906 et le 12 juillet 1907.

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La caserne Carnot à Chalon-sur-Saône au début du vingtième siècle (collection personnelle). 

Son parcours militaire nous est connu grâce à sa fiche matricule, document établi par le bureau de recrutement militaire pour chaque homme, à partir de l'âge de 20 ans. En Saône-et-Loire, les fiches matricules des classes 1878 à 1921 ont été numérisées et mises en ligne par les Archives départementales. Pour la Côte d'Or et le bureau d'Auxonne, il va falloir patienter encore quelques semaines avant d'avoir accès à ces registres sur le web.

Grâce à cette fiche, nous avons accès à de nombreux renseignements concernant Paul Emile GODIN : son état civil, ses particularités physiques, ses résidences successives et son activité militaire en temps de guerre. On apprend ainsi qu'il est employé de bureau et qu'en mars 1914 il réside à Nice, après avoir eu plusieurs autres résidences, notamment à Pontoux en 1910 et 1911, et en région parisienne en 1913. Néanmoins il reste domicilié à Montceau-les-Mines, chez ses parents, rue de Gourdon.

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Fiche matricule de Paul Emile GODIN (Archives départementales de Saône-et-Loire, 1 R RM Chalon 1903/1).

Les deux frères de Paul Emile GODIN sont eux aussi mobilisés, Louis Adolphe comme officier d'administration et Justin Claudius comme soldat 1ère classe au 82e Régiment d'Infanterie de Montargis. Tous deux rentreront vivants, mais Paul Emile n'aura pas cette chance...

Le 256e Régiment d'Infanterie part au front

Suite à l'ordre de mobilisation générale, Paul Emile GODIN rejoint donc la caserne Carnot à Chalon-sur-Saône. Il est alors incorporé dans le 256e Régiment d'Infanterie (RI) qui se forme avec 38 officiers, 2122 hommes de troupe et 124 chevaux. Le régiment quitte Chalon par voie de chemin de fer le 11 août 1914, et prend la direction de Corbenay (70). De là, il se dirige ensuite sur les Vosges puis en Alsace, où il rencontre l'ennemi le 20 août, dans les environs de Saulxures.

Le sixième bataillon du 256e RI est alors chargé de défendre les tranchées du Nord-Est de Saulxures et essuie les attaques d'artillerie. L'ennemi se rassemble en masse le 24 août et les combats s'intensifient, le bataillon subit alors une violente attaque à la baïonette et perd de nombreux hommes. Parmi eux, Paul Emile GODIN...

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Fiche "Mort pour la France" de Paul Emile GODIN (Service Historique de la Défense, base Mémoire des Hommes).

Sa mobilisation et sa participation au conflit auront été de courte durée, tout comme son mariage (à peine un mois et six jours). Reconnu "Mort pour la France", il est décoré de la Médaille miltaire à titre posthume par décret publié au Journal Officiel du 6 août 1921, et de la Croix de guerre avec étoile de bronze. Aujourd'hui son souvenir demeure à Pontoux, où son nom a été gravé sur le monument aux morts, en première position d'une liste de seize noms...

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Le monument aux morts de Pontoux.

Monuments (39)

Pour en savoir plus sur le 256e RI de Chalon-sur-Saône : Association "Pour ceux de 14"