Lorsque nos recherches généalogiques nous font arpenter les petites mairies, il nous arrive de tomber sur de petits joyaux d'archives hérités d'une période lointaine et scrupuleusement conservés au fond d'une armoire. A Charnay-lès-Chalon, les archives des curés de la paroisse, aujourd'hui détenues par la mairie, sont très exceptionnelles...

Bien qu'ayant des attaches familiales dans ce village depuis mon enfance, ce n'est qu'après avoir découvert la septième génération de mon ascendance que mes recherches se sont dirigées vers cette commune. Mon aïeul Louis CHEVREY voit le jour dans la paroisse de Charnay le 11 novembre 1773, issu de l'union de Robert CHEVREY (natif de la Barre de Saunières comme la très grande majorité des CHEVREY) et de Marguerite GUERIN (native de Charnay). Cette union n'a rien d'étonnant du fait de la proximité géographique entre Saunières et Charnay, à peine quatre kilomètres séparent les deux clochers.

Pour remonter un peu plus loin, il m'a donc fallu faire des recherches à la mairie de Charnay, dans les registres paroissiaux [ndlr : en 2000, les archives n'étaient pas encore en ligne]. Michel VEROT, le maire de l'époque, me reçoit, me communique les registres et me présente également un grand registre qui, à ma grande surprise, recelle les généalogies de toutes les familles de la paroisse...

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D'abord vicaire de la paroisse pendant quatre ans, Nicolas Joseph JACQUIN devient curé de Charnay en 1763. Il occupe la fonction jusqu'à ce qu'il soit contraint d'émigrer durant la période révolutionnaire. En 1780, il entreprend un vaste travail : établir la généalogie de chaque famille de sa paroisse. On ignore les raisons qui l'ont encouragé à rechercher les origines de ses paroissiens, mais il est fort probable que la sédentarité des familles et les nombreuses unions conclues entre elles lui aient provoqué le besoin d'avoir un "aide-mémoire"...

En ce qui nous concerne, voici donc la généalogie que le curé JACQUIN a établie pour la famille CHEVREY :

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Loin d'être complète (les enfants morts en bas âges et les individus n'ayant plus de lien avec Charnay ne figurent pas), cette généalogie est néanmoins très précise et permet de rechercher facilement les actes de chaque personne dans les registres paroissiaux. Parfois, elle donne même quelques anecdotes comme pour ce pauvre Louis CHEVREY, né en 1670 qui "tomba d'un noyer et se tua le 14 7bre 1703". Le fait est également transcrit dans le registre paroissial de Saunières de 1703, où eut lieu la chute fatale. On peut aussi lire une appréciation pour un des fils du couple CHEVREY-PAQUIER : "François Chevrey le mauvais". Mes recherches ne m'ont pas permis à ce jour de savoir ce qui lui a valu un tel jugement...

Au XIXe siècle, Louis Gaspard BOURGNIER, curé de Charnay de 1831 à 1868, a repris les généalogies du curé JACQUIN et les a complétées :

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BOURGNIER a également introduit les généalogies du curé JACQUIN, en indiquant notamment : "Cette généalogie des habitans de Charnay faite par Mr Jacquin en 1780 interrompue par le malheur des temps de révolution, a été continuée par Mr Bourgnier curé dudit lieu." Il dresse par la suite un historique des curés qui se sont succédés à Charnay, et dit à propos de son prédécesseur JACQUIN : "M. Nicolas Joseph Jacquin, de Foncine en Comté, vicaire depuis 4 ans sous Mr Aimé Brun, prit possession de la cure de Charnay en 1763, émigra pendant la révolution, revint plusieurs fois à Charnay; ayant été pris en disant la messe de minuit, fut emmené à Mâcon où il mourut en 1804."

N'ayant plus assez de place sur le registre initial, BOURGNIER a ouvert en 1863 un second registre des généalogies du village. Il a aussi tenu deux carnets sur les familles, dans lesquels il note pour chacune d'entre elles leur composition et les événements survenus (naissances, mariages, décès). Toutes ces sources constituent une mine d'or pour les généalogistes issus de Charnay-lès-Chalon, notamment pour établir les descendances et cousinages... il ne reste plus qu'à les exploiter !